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Noémie Merlant : "Mi iubita, mon amour, c'est un film fait entre amis !"

Sep 09, 2026  Twila Rosenbaum 13 views
Noémie Merlant : "Mi iubita, mon amour, c'est un film fait entre amis !"

Une double présence cannoise très remarquée

L'édition 2021 du Festival de Cannes restera comme celle d'une rentrée fracassante pour le cinéma français. Parmi les visages les plus attendus sur la Croisette, celui de Noémie Merlant s'est imposé avec une évidence particulière. L'actrice, qui avait conquis le public et la critique grâce à son rôle dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, était cette fois doublement à l'affiche. Elle présentait son premier long métrage en tant que réalisatrice, Mi iubita, mon amour, sélectionné en Séance Spéciale, et défendait simultanément Les Olympiades, le nouveau film événement de Jacques Audiard, en compétition officielle. Une double exposition qui en dit long sur la vitalité et l'ambition de cette artiste complète.

Noémie Merlant n'est pas du genre à s'endormir sur ses lauriers. Depuis ses débuts, elle a construit une carrière aussi éclectique que courageuse, alternant grosses productions et cinéma d'auteur, devant et désormais derrière la caméra. Ce passage à la réalisation était attendu par beaucoup de ses admirateurs, qui voyaient dans son intensité et sa sensibilité les qualités naturelles d'une conteuse. Avec Mi iubita, mon amour, elle ne déçoit pas, livrant une œuvre intime, solaire et profondément humaine, fidèle à son tempérament.

Le contexte cannois de cette année était particulier. Après une édition 2020 annulée pour cause de pandémie, le festival retrouvait enfin les projecteurs et le tapis rouge avec une programmation dense et prometteuse. La présence de Noémie Merlant symbolisait en quelque sorte ce retour à la normalité, mais aussi la nouvelle vague de cinéastes françaises qui prennent la parole et s'affirment derrière la caméra. Elle incarnait avec d'autres cette génération qui ne veut plus choisir entre interprétation et mise en scène, et qui considère le cinéma comme un espace total de liberté.

« Mi iubita, mon amour », un projet né entre amis

Le titre du film, Mi iubita, mon amour, mêle le roumain et le français, comme pour mieux traduire la rencontre improbable qui se joue à l'écran. On y suit Jeanne, une Française, et un jeune Roumain, Gabriel, dont les chemins se croisent pendant un été caniculaire. Entre eux, c'est immédiatement le coup de foudre, un élan inattendu, puissant, qui bouscule leurs certitudes et les entraîne dans une relation aussi intense que fragile. Le film explore ce moment suspendu où tout devient possible, où l'attirance physique et émotionnelle transcende les différences de langue, d'origine et de culture.

Noémie Merlant a elle-même insisté sur la dimension profondément amicale du projet. « C'est un film fait entre amis ! » a-t-elle déclaré, avec un enthousiasme communicatif. Cette phrase n'est pas qu'une formule. Derrière la caméra, l'actrice a réuni autour d'elle une équipe de proches, des techniciens et des comédiens qui partagent sa vision du cinéma. Ce climat de confiance et de camaraderie se ressent à l'écran : les comédiens jouent juste, les regards sont libres, et la mise en scène respire une certaine douceur de vivre. On sent que le plateau devait être un lieu de joie et de création collective, loin des protocoles rigides des grosses machines hollywoodiennes.

Le choix de tourner en Roumanie n'est pas anodin. Noémie Merlant a souvent exprimé son attachement à l'Europe de l'Est, à ses paysages, à sa lumière, à ses gens. En plantant sa caméra dans ce décor à la fois familier et dépaysant, elle crée un contraste avec la France de Jeanne, peut-être trop policée, trop rationnelle. Le film devient alors un double voyage : géographique, d'un pays à l'autre, mais aussi intérieur, à la rencontre de soi-même et de l'autre. La réalisatrice filme les corps, les silences, les non-dits, avec une justesse qui évoque parfois le cinéma de Mia Hansen-Løve ou de Claire Denis, mais avec une singularité bien à elle.

La Séance Spéciale de Cannes a été l'occasion de découvrir une cinéaste qui maîtrise déjà les codes du récit classique tout en les subvertissant. Elle n'a pas peur des ellipses, des ambivalences, ni des fins ouvertes. Elle préfère la suggestion à la démonstration, laissant au spectateur le soin de combler les vides. Cette écriture du sensible, parfois fragile, est sans doute ce qui a touché le public cannois, venu en masse assister à la projection. Les retours furent enthousiastes, saluant la fraîcheur et l'audace de ce premier long métrage.

Une histoire d'amour universelle

Au-delà de l'anecdote romantique, Mi iubita, mon amour raconte quelque chose de plus universel : la difficulté de l'abandon, la peur de l'inconnu, mais aussi la beauté des rencontres qui nous transforment. Jeanne et Gabriel viennent de mondes différents, portent en eux des histoires singulières, des blessures peut-être. Leur amour n'est pas un long fleuve tranquille ; il est fait de doutes, de malentendus, de rapprochements fulgurants et de silences lourds de sens. Noémie Merlant ne cherche pas à idéaliser la relation, elle la montre dans sa complexité chaotique, avec ses élans et ses retenues.

La dimension sensorielle du film est également à souligner. L'été est brûlant, les peaux moites, les nuits étoilées. La réalisatrice a l'intelligence de faire de la météo un personnage à part entière, une toile de fond qui exacerbe les sentiments et précipite les déclarations. Le spectateur est plongé dans cette atmosphère enveloppante, porté par une photographie lumineuse et une bande-son délicate. Ce n'est pas un hasard si le terme « amour » apparaît dans le titre, dans les deux langues : il s'agit d'un sentiment qui se passe de la traduction, qui se vit et se ressent.

Pour une première réalisation, Noémie Merlant fait preuve d'une assurance remarquable dans la direction des acteurs. Elle-même comédienne, elle sait combien il est important de créer un environnement sécurisant pour que chacun puisse se livrer sans retenue. Gimi-Nicolae Covaci, interprète de Gabriel, livre une performance habitée, à la fois rugueuse et tendre. Le duo qu'il forme avec Noémie Merlant est d'une évidente complicité, et c'est cette alchimie qui porte le film. La presse présente à Cannes a particulièrement salué cette rencontre, la jugeant crédible et émouvante. Le choix d'une actrice française et d'un acteur roumain pour incarner ses deux amants donne au récit une vérité documentaire bienvenue.

Les Olympiades, une autre facette de l'actrice

Le même jour, Noémie Merlant apparaissait dans Les Olympiades, le nouveau film de Jacques Audiard, présenté en compétition. Il s'agit d'un film choral se déroulant dans le XIIIe arrondissement de Paris, adapté de trois nouvelles graphiques. Le cinéaste, connu pour des œuvres aussi puissantes qu'Un prophète, De rouille et d'os ou Dheepan, se réinvente ici avec un noir et blanc élégant et une narration moderne, fragmentée. L'histoire se concentre sur les amours croisées de jeunes adultes, pris dans la tourmente des sentiments à l'ère du numérique et des rencontres virtuelles.

Noémie Merlant y joue une femme polyamoureuse, un rôle qui contraste singulièrement avec celui de Jeanne dans Mi iubita, mon amour. Elle incarne une certaine liberté des mœurs, une quête de soi à travers l'expérience multiple de l'amour. La comédienne a expliqué à quel point elle avait été impressionnée par la méthode de travail de Jacques Audiard. « Sur le plateau, Jacques est comme un enfant, avait-elle confié. Il s'émerveille de tout, il essaie, il teste, il est dans une jubilation constante. Cela donne une énergie folle à l'équipe. » Cette expérience a visiblement nourri sa propre pratique de réalisatrice, elle qui revendique volontiers l'influence des grands cinéastes avec lesquels elle a tourné.

La critique a réservé un accueil très chaleureux aux Olympiades lors de sa projection cannoise. Beaucoup y ont vu une œuvre audacieuse et générationnelle, portée par une mise en scène sophistiquée et des interprètes impeccables. Noémie Merlant, aux côtés de Makita Samba, Jehnny Beth et Geneviève Doang, tire son épingle du jeu en imposant sa présence magnétique. Ce rôle témoigne de sa capacité à se renouveler sans cesse, à accepter des propositions déroutantes, loin des attentes commerciales. Son parcours rappelle celui d'autres actrices françaises devenues réalisatrices, comme Sophie Marceau, Emmanuelle Bercot ou Maïwenn, mais elle y ajoute une dimension européenne revendiquée.

Le fait de voir Noémie Merlant à la fois en séance spéciale et en compétition explique pourquoi elle était si attendue par les festivaliers. Elle représente une figure moderne de l'artiste complet, qui ne veut pas choisir entre les métiers du cinéma, mais au contraire les conjuguer et les enrichir mutuellement. Loin des rivalités stériles entre premiers rôles, elle s'est bâtie une carrière en toute indépendance, n'hésitant pas à partager l'affiche avec d'autres grandes actrices, comme Adèle Haenel ou Céline Sallette, ou à s'effacer derrière ses personnages.

Un avenir prometteur derrière et devant la caméra

Avec cette double présence, Noémie Merlant s'impose comme l'une des figures montantes du cinéma francophone. Déjà révélée par Portrait de la jeune fille en feu, elle a su enchaîner les projets exigeants, de J'irai où tu iras à Une belle histoire, en passant par des séries et des films indépendants. Son passage à la réalisation n'est pas un accident de parcours, mais bien une étape logique dans une carrière guidée par la passion et le désir de raconter des histoires justes.

Les spectateurs ressortent de Mi iubita, mon amour avec cette impression d'avoir vu naître quelque chose : un cinéaste avec une voix, un regard, une sensibilité. On pense évidemment aux premières œuvres de Céline Sciamma ou de Rebecca Zlotowski, où l'intime se mêle déjà au politique. Mais Noémie Merlant semble vouloir tracer son propre chemin, sans étiquette. Elle explore les relations humaines dans ce qu'elles ont de plus fragile et de plus nécessaire, avec une douceur qui n'exclut ni la violence ni l'ambiguïté.

Le mois de juillet 2021 aura donc marqué un tournant pour elle. Les marches montées pour défendre ces deux films resteront dans sa mémoire, mais aussi dans celle du public, qui a pu apprécier la diversité de son talent. Alors que les projecteurs de Cannes se sont éteints, Noémie Merlant continue son chemin, nourrie de ces rencontres, de ces expériences. Elle prouve, si besoin était, qu'avec du travail, de la sincérité et un brin d'insouciance, on peut faire du cinéma un espace de fraternité et de découverte. C'est peut-être là, finalement, la plus belle leçon de cette édition du festival.


Source:Premiere.fr News


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