
Les yeux de Sunil Chhetri s'illuminent et un large sourire s'étend sur son visage lorsqu'il imagine l'Inde se qualifier pour la première fois pour la Coupe du Monde de la FIFA™. Le capitaine des Blue Tigers, âgé de 39 ans, est l'emblème d'une nation qui n'a encore jamais participé à la phase finale. Pour l'édition 2026, qui se déroulera au Canada, au Mexique et aux États-Unis, le format élargi à 48 équipes offre huit places directes pour les nations asiatiques, plus une place via le tournoi de barrage. C'est une opportunité historique, et Chhetri veut en être l'artisan.
Un rêve qui transcende les générations
Chhetri, qui a débuté sa carrière internationale en 2005, est aujourd'hui le joueur le plus capé de l'histoire indienne avec 143 sélections et le meilleur buteur avec 93 réalisations. Il se classe troisième parmi les buteurs internationaux encore en activité, derrière Cristiano Ronaldo (127) et Lionel Messi (106). Mais ce qui le motive avant tout, c'est de voir son pays fouler la pelouse d'un Mondial. « Quand cela arrivera, le pays deviendra fou », confie-t-il depuis sa chambre d'hôtel à Kuala Lumpur. « En tant qu'Indien, ce sera l'un des plus beaux jours de ma vie. Je rêve tellement de ce jour. Ce sera énorme. »
Son engagement ne faiblit pas malgré l'âge. « Je sais que je n'oublierai jamais de ma vie l'espoir que cela apportera à notre nation. Il y a tant de gens comme moi qui sont impatients de voir ce jour, et j'espère qu'il arrivera bientôt pour nous. »
Un parcours exceptionnel
Chhetri a porté les couleurs de plusieurs clubs indiens majeurs – Mohun Bagan, East Bengal, Bengaluru – mais a également tenté l'aventure à l'étranger. En 2010, il rejoint les Kansas City Wizards aux États-Unis, devenant l'un des premiers Indiens à évoluer en Major League Soccer. Il passe ensuite par le Sporting Lisbonne, où il joue avec l'équipe B et découvre le haut niveau européen. Ces expériences l'ont forgé et lui ont permis de revenir en Inde avec une vision plus large du football mondial.
Sur le plan statistique, sa longévité est remarquable. Avec 93 buts en 143 matchs, il affiche une moyenne de 0,65 but par rencontre, un chiffre impressionnant pour un joueur qui évolue dans une sélection souvent considérée comme outsider. Il dépasse largement des légendes comme Pelé (77 buts en 92 sélections) ou Romário (55 buts en 70 sélections), même si le débat sur le niveau des adversaires est souvent évoqué. Mais Chhetri n'a que faire des comparaisons : sa détermination à faire progresser le football indien est intacte.
Il n'aura pas encore 42 ans lorsque le Mondial 2026 débutera en juin. S'il est réaliste quant à la possibilité de ne pas être sur le terrain, il reste un supporter inconditionnel. « Quand je rêve, je rêve comme un Indien lambda, comme un supporter. Peu importe que j'y sois pour une raison ou pour une autre, je sais que je serai comme un supporter. Je regarderai tous les matches de l'Inde et j'encouragerai mon pays. »
Les qualifications : un groupe relevé
L'Inde se trouve dans le Groupe A des qualifications asiatiques pour la Coupe du Monde 2026, aux côtés du Qatar (hôte du Mondial 2022), du Koweït et de l'Afghanistan. Pour accéder au troisième tour, où six des huit places directes seront attribuées, les Blue Tigers doivent terminer parmi les deux premiers de leur groupe de quatre équipes. Leur premier match les oppose au Koweït, le 16 novembre 2023, à l'extérieur.
Le Qatar, champion d'Asie 2019 et 2023, est le favori du groupe. Mais l'Inde a montré des progrès significatifs sous la direction d'Igor Štimac. En 2022, elle a atteint la troisième place de la Coupe d'Asie des Nations, son meilleur résultat depuis 1964. Les matches contre le Koweït et l'Afghanistan sont considérés comme décisifs pour la qualification. Chhetri, en tant que capitaine, sait que chaque point comptera.
L'effet Štimac
Igor Štimac, ancien défenseur croate, a pris les rênes de l'équipe d'Inde en 2019. Sa carrière de joueur l'a vu participer à la Coupe du Monde 1998, où la Croatie a créé la surprise en atteignant les demi-finales, avant de décrocher la médaille de bronze. Cette expérience du plus haut niveau, il la met au service de l'Inde. Chhetri ne tarit pas d'éloges sur son sélectionneur : « Outre ses connaissances techniques et tactiques, le fait d'avoir été dans une situation similaire avec l'équipe de Croatie en faisant quelque chose d'extraordinaire, l'a beaucoup aidé à nous comprendre. »
« Il est plus qu'un entraîneur, il est plus qu'une figure paternelle ou un frère aîné pour les anciens comme moi. Il comprend ce que vit un joueur, ce dont il a besoin. C'est pourquoi vous verrez que tous les joueurs sont très heureux avec lui. » Štimac a instauré une culture de travail rigoureuse mais bienveillante, où chaque joueur peut s'exprimer. Sous sa direction, l'Inde est passée d'une équipe timide à une formation capable de rivaliser avec les meilleures nations asiatiques.
Les résultats parlent d'eux-mêmes : l'Inde a grimpé au classement FIFA, passant de la 108e place en 2019 à la 102e en 2023 (avant les qualifications). Les victoires contre le Liban, le Népal ou encore le Bangladesh ont redonné confiance aux supporters. Mais le vrai test reste les qualifications mondiales, où l'Inde n'a jamais franchi le deuxième tour. Štimac apporte une expertise tactique, mais aussi un mental de gagnant forgé en Croatie.
Une nouvelle vie de père
En août 2023, Chhetri a vécu un événement qui a changé sa vie : la naissance de son fils Dhruv. « Les cinq premiers jours, je n'ai pas dormi à cause de l'excitation », raconte-t-il, le sourire aux lèvres. « Je suis resté éveillé toute la nuit à le regarder et à lui parler. Le sixième jour, ma femme m'a dit que je devais dormir dans une autre chambre, car elle craignait que je sois trop fatigué et que je me blesse. » La paternité a transformé sa perspective : « Maintenant, je veux juste rentrer chez moi, où que je sois. Chaque fois que je pars en déplacement, je veux juste terminer les matches et rentrer à la maison. »
Cette nouvelle motivation ne l'empêche pas de se concentrer sur le terrain. Au contraire, elle semble lui donner une énergie supplémentaire. Jouer pour l'Inde a toujours été une fierté, mais désormais, il joue aussi pour son fils, avec l'espoir de lui montrer que les rêves peuvent se réaliser. La perspective d'une qualification au Mondial prend une dimension encore plus personnelle.
Un héritage en construction
Au-delà de ses performances individuelles, Chhetri incarne l'espoir de tout un pays. Il est le visage du football indien moderne, un sport qui gagne en popularité mais reste encore en retrait par rapport au cricket. Sa longévité est un exemple pour les jeunes générations. Il continue de s'entraîner avec la même intensité qu'à ses débuts, refusant de laisser l'âge freiner son ambition. « À 39 ans, je n'ai pas d'objectifs à long terme en ce qui concerne ma présence sur le terrain. Pour l'instant, je me sens très bien physiquement. J'apporte à l'équipe, que ce soit pour mon pays ou pour mon club. Tant que je prendrai du plaisir, je resterai ici. Je ne sais pas combien de jours, combien de mois, combien d'années cela prendra. »
Son influence dépasse les frontières. En 2022, il a été nommé dans l'équipe-type de la Coupe d'Asie des Nations et a reçu le prix du meilleur joueur de l'année en Inde. Mais ce qui compte le plus pour lui, c'est de laisser un héritage durable. Si l'Inde se qualifie pour le Mondial, son nom restera gravé dans l'histoire. Et même s'il ne joue pas, il sera là, comme un supporter. « Je suis simplement heureux d'être ici. Ce n'est que du bonus, j'en profite, je ne sais pas quand ça va se terminer. »
Les Blue Tigers entament leur campagne de qualifications avec la conviction que tout est possible. Le match contre le Koweït sera le premier pas. Chhetri, capitaine emblématique, mènera ses troupes en espérant que ce rêve devienne réalité. Une chose est sûre : quoi qu'il arrive, il restera une légende vivante du football indien, un homme qui a donné tout son être pour voir son pays briller sur la scène mondiale.
Source:Fifa News
