Deux jours après la suspension de Jimmy Kimmel par ABC, l'heure est à la riposte dans le monde des talk-shows américains. Les raisons officielles avancées par la chaîne, à savoir des propos concernant Charlie Kirk, ont rapidement été écartées au profit de ce que beaucoup considèrent comme la « vraie » raison de son limogeage : une volonté de Donald Trump. Ce dernier, après s'être félicité de la suspension de Jimmy Kimmel, avait désigné les prochains sur la liste : Seth Meyers et Jimmy Fallon. Ce dernier lui a répondu avec tout l'humour qui le caractérise, dans un sketch devenu viral.
Dans son émission du jeudi 18 septembre, le présentateur a évidemment évoqué d'emblée Jimmy Kimmel. Après avoir mentionné l'absurdité de cette décision – « tout le monde se demande ce que c'est que cette connerie (WTF - What the fuck) ? » – Jimmy Fallon a plaisanté sur les textos de son père, désolé que son show soit annulé : « Ce n'est pas le bon Jimmy papa, c'est Kimmel. » Une entrée en matière légère pour un sujet lourd : la censure et la menace pesant sur la liberté d'expression à la télévision américaine.
Jimmy Kimmel a été mis en retrait officiellement par ABC « pour une durée indéterminée », comme l'a affirmé la chaîne détenue par Disney. Une décision qui intervient après des propos tenus le lundi 15 septembre dans lesquels il avait évoqué le meurtre de Charlie Kirk, figure de la jeunesse trumpiste tué d'une balle dans le cou par un homme de 22 ans. Le sketch de Kimmel, qui aurait fait la satire des événements, a été jugé trop sensible par la chaîne. Mais de nombreux observateurs y voient une capitulation face aux pressions politiques, d'autant que Trump lui-même a réclamé sa tête sur Truth Social.
Après avoir salué son confrère – « un mec bien, drôle, et sympa, j'espère qu'il reviendra » – Jimmy Fallon s'est attaqué au vrai sujet de son monologue d'intro : Donald Trump. Dans son message posté sur Truth Social, le président américain avait en effet clairement visé l'animateur, écrivant : « Il reste donc Jimmy (Fallon) et Seth (Meyers), deux gros loosers, sur la fabrique à fake news NBC. Leurs audiences aussi sont désastreuses. Allez-y, NBC ! » Une menace à peine voilée, qui a déclenché une réponse aussi créative qu'ironique.
Jimmy Fallon a assuré ce jeudi : « Beaucoup de gens ont peur qu'on arrête de dire ce qu'on dit, qu'on soit censurés, mais je vais parler de Trump au Royaume-Uni comme je le fais en temps normal. » Puis, il a fait exactement le contraire. Lors de chaque phrase acerbe envers le président, une voix venait recouvrir celle de Jimmy Fallon. Chaque critique était ainsi remplacée par un compliment : « Comme toujours sa cravate était – parfaitement à la bonne longueur », « et son visage avait – une couleur qui existe vraiment dans la nature », « et ses cheveux étaient – mieux que ceux de Conrad dans L'été où je suis devenue jolie ». Le sketch se poursuit avec des projections d'images de Donald Trump aux côtés de Jeffrey Epstein sur la façade de Windsor, sauf que le nom de ce dernier est remplacé par Goldblum, celui de la star de Jurassic Park. Son discours s'achève par ce qui a l'air d'une diatribe enflammée, mais où l'on n'entend que des compliments dithyrambiques sur Donald Trump, qui devrait être « nommé pour le prix Nobel de la paix ».
Cette technique de l'autocensure simulée est un classique de la satire, déjà utilisé par des humoristes comme John Oliver ou Stephen Colbert. En faisant semblant de se plier aux exigences du président tout en exagérant les louanges, Fallon dénonce l'absurdité de la censure. Le message est clair : si l'on ne peut critiquer Trump, alors il faut le couvrir de compliments tellement outranciers qu'ils en deviennent ridicules. Une façon de retourner la pression contre celui qui veut faire taire les voix dissidentes.
Puis, le présentateur a repris son monologue de manière « normale », comprenez cinglante, pour évoquer le chapeau de Melania Trump et le discours de Trump devant le Premier ministre. Ce passage montre que la liberté d'expression n'est pas complètement muselée, mais que la menace plane. Le sketch de Fallon s'inscrit dans une longue tradition de résistance humoristique face à l'autoritarisme, de Charlie Chaplin dans Le Dictateur aux satiristes contemporains.
Jimmy Fallon n'est pas le seul à s'être exprimé suite à la suspension de Jimmy Kimmel. Stephen Colbert, premier des animateurs de talk-shows à avoir fait les frais de la haine que leur porte Donald Trump, en avait aussi fait l'objet de son monologue sur CBS ce jeudi 19 septembre : « Vous savez quelles sont les valeurs de ma communauté à moi ? La liberté de parole. » Il avait appris en juillet que la saison 2025-2026 serait la dernière de son Late Show, une décision que beaucoup attribuent aux pressions politiques. David Letterman, ex-présentateur phare des chaînes NBC et CBS pendant 30 ans, a exprimé toute sa colère dans une interview avec The Atlantic : « C'est une tragédie. Dans un régime autoritaire, peut-être même une dictature, tôt ou tard, tout le monde sera affecté. »
Seth Meyers, également ciblé par Trump, a pris un parti sensiblement similaire à celui de Jimmy Fallon. « Cela va sembler hors sujet, mais je tiens à dire que j'ai toujours admiré et respecté monsieur Trump. J'ai toujours dit qu'il était un visionnaire, créatif, un super président et un golfeur génial », ironise l'animateur avant d'ajouter : « Si vous m'avez vu dire des choses négatives sur lui, c'est l'intelligence artificielle. » Une réponse qui mêle humour et critique acerbe, tout en dénonçant la censure.
Cette affaire soulève des questions fondamentales sur l'avenir de la liberté d'expression aux États-Unis. Les talk-shows de fin de soirée ont toujours été un bastion de la satire politique, où les animateurs peuvent critiquer les puissants sans crainte de représailles. Mais avec les menaces de Trump, les suspensions et les annulations de shows, ce pilier démocratique vacille. Les réseaux comme ABC, NBC et CBS semblent de plus en plus sensibles aux pressions politiques, préférant le silence à la controverse. Pourtant, l'histoire montre que la satire est un outil essentiel pour maintenir la démocratie en bonne santé. Des humoristes comme Mark Twain, Lenny Bruce ou George Carlin ont affronté la censure et ont souvent gagné. La question est de savoir si les médias traditionnels auront le courage de continuer à soutenir ces voix.
Jimmy Fallon, avec son humour bon enfant mais incisif, a choisi la voie de l'ironie. En utilisant la censure comme un ressort comique, il expose le ridicule des menaces trumpistes. Son sketch, qui a été vu des millions de fois sur les réseaux sociaux, prouve que l'humour reste une arme puissante contre l'autoritarisme. Reste à savoir si cela suffira à protéger les animateurs de talk-shows face à un pouvoir qui n'hésite pas à utiliser tous les leviers pour faire taire ses critiques.
Source:Yahoo! Actualités News
