
Tucker Carlson a répondu vendredi 10 avril aux attaques personnelles lancées la veille par le président américain Donald Trump, qui l'avait qualifié de « fou furieux » à « faible QI » dans un long message publié sur Truth Social. La Tucker Carlson Network, le réseau indépendant fondé par l'ancien animateur de Fox News après son départ de la chaîne en 2023, a choisi de répondre non par des contre-attaques, mais par une posture de retenue assumée.
« Plutôt que de s'engager dans des attaques personnelles mesquines, nous voulons accorder au président une certaine grâce », indique la newsletter matinale du réseau. Le texte ajoute que Trump « n'aurait pas abandonné ses promesses de campagne à moins que ses enjeux personnels ne soient vraiment élevés », avant de conclure : « Nous espérons qu'il s'en sortira. »
Cette réponse mesurée tranche avec les invectives habituelles du monde politique américain. Tucker Carlson, connu pour ses positions conservatrices et son franc-parler, a délibérément choisi la voie de la diplomatie, peut-être pour éviter d'envenimer une relation déjà tendue. La brouille entre les deux hommes remonte au déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, officiellement engagées le 28 février 2025. Carlson avait alors révélé avoir rencontré le président à trois reprises dans le mois précédant le début du conflit pour tenter de l'en dissuader, sans résultat. Il affirme ne plus avoir eu de contact avec lui depuis.
La rupture publique s'est accélérée le jour de Pâques 2025, quand Trump a publié sur Truth Social un message menaçant de détruire des infrastructures civiles iraniennes, conclu par la formule « Praise be to Allah ». Carlson avait alors qualifié les propos de « vils à tous les égards », estimant que le président menaçait de commettre « un crime moral contre le peuple iranien ». Cette déclaration a marqué un tournant dans leur relation, autrefois proche. Lors de la campagne présidentielle de 2024, Carlson avait soutenu Trump, utilisant son influence médiatique pour galvaniser la base conservatrice. Leur alliance stratégique semblait solide, mais les divergences sur la politique étrangère ont fini par les séparer.
Carlson, âgé de 55 ans, a bâti sa carrière sur une critique acerbe des élites et une défense intransigeante du nationalisme américain. Après avoir quitté Fox News en 2023, il a lancé sa propre plateforme, la Tucker Carlson Network, qui attire des millions d'abonnés. Son audience, composée en grande partie de trumpistes, a été déstabilisée par ce conflit avec leur leader. La position de Carlson sur l'Iran reflète une tendance croissante au sein du camp conservateur : une lassitude face aux interventions militaires à l'étranger et un scepticisme envers les promesses de campagne non tenues. Un sondage YouGov réalisé pour The Economist indique que 22 % des électeurs ayant voté Trump en 2024 désapprouvent la guerre en Iran. Cette donnée confère à ces dissidences conservatrices un poids politique réel à moins de deux ans des élections de mi-mandat.
L'attaque de Trump contre Carlson n'est pas isolée. Jeudi soir, le président avait ciblé dans un même post Megyn Kelly, Candace Owens et Alex Jones, les accusant sans preuve de « trouver formidable » que l'Iran dispose de l'arme nucléaire. Il avait conseillé à Carlson de « consulter un psychiatre » et raillé son départ de Fox News. Les réactions des autres visés ont été plus tranchantes que celle de Carlson. Owens a publié une capture du message présidentiel sur X avec la phrase : « Il est peut-être temps de mettre Papi en maison de retraite. » Jones a qualifié Trump de « supervillain » sur son antenne. Ces divergences dans la réponse montrent les fractures au sein de la droite américaine entre les loyalistes et ceux qui commencent à douter de la direction prise par l'administration Trump.
La guerre en Iran, déclenchée par une série de frappes aériennes américano-israéliennes, a suscité des critiques à l'international et aux États-Unis. Le conflit, qui dure depuis plus d'un an, a fait des milliers de victimes civiles et a déstabilisé toute la région du Moyen-Orient. Trump avait promis lors de sa campagne de 2024 de mettre fin aux guerres à l'étranger, mais cette intervention contredit directement cet engagement. Carlson, comme d'autres voix conservatrices, dénonce cette hypocrisie. Dans ses émissions, il a développé une argumentation détaillée contre l'interventionnisme, rappelant les échecs des conflits en Irak et en Afghanistan. Il estime que la guerre en Iran profite surtout aux complexes militaro-industriels et aux alliés régionaux, tandis que le peuple américain en subit les conséquences économiques.
Le choix de Carlson d'« accorder sa grâce » à Trump peut être interprété comme une tentative de désamorcer une escalade qui nuirait à la fois à son influence et à l'unité du parti républicain. En adoptant un ton conciliant, il se place au-dessus des querelles personnelles, tout en maintenant ses critiques sur le fond. Cette stratégie pourrait lui permettre de conserver une partie de son public trumpiste tout en attirant les électeurs modérés qui rejettent les excès rhétoriques du président. De plus, en évoquant les « enjeux personnels élevés » de Trump, il suggère que le président n'a pas abandonné ses promesses de gaieté de cœur, mais qu'il est piégé par des circonstances qu'il ne maîtrise pas. Cette nuance pourrait rassurer ses partisans tout en pointant du doigt l'incapacité de Trump à tenir ses engagements.
La Tucker Carlson Network, en pleine croissance, a su capitaliser sur ce différend pour renforcer son image d'alternative médiatique indépendante. La newsletter matinale, suivie par des centaines de milliers d'abonnés, a été le vecteur de ce message de grâce. Ce choix éditorial contraste avec les réactions plus agressives d'autres médias conservateurs, comme le site de Candace Owens ou l'émission d'Alex Jones. En refusant d'entrer dans une surenchère d'insultes, Carlson cherche à incarner une droite plus réfléchie et responsable, même en période de tensions extrêmes. Reste à savoir si cette posture séduira les électeurs lors des prochaines élections.
L'avenir politique de Trump est également en jeu. Alors que sa popularité décline dans les sondages, les dissidences internes au parti républicain pourraient s'accentuer. La guerre en Iran, combinée à des problèmes intérieurs comme l'inflation et la crise migratoire, érode le soutien dont il bénéficie. Des figures comme Carlson, Owens et Jones représentent des pôles d'influence qui pourraient soit se rallier à lui, soit se transformer en opposants frontaux. La réponse de Carlson, mélange de retenue et de critique implicite, ouvre la voie à un rapprochement futur ou à une rupture définitive. Dans les mois à venir, les relations entre Tucker Carlson et Donald Trump seront scrutées de près par les analystes politiques, car elles pourraient redéfinir l'équilibre des forces au sein de la droite américaine.
Source:La Nouvelle Tribune News
