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Brésil: Washington impose 25% de droits de douane sur les produits brésiliens, Lula promet des mesures de réciprocité

Jul 18, 2026  Twila Rosenbaum 56 views
Brésil: Washington impose 25% de droits de douane sur les produits brésiliens, Lula promet des mesures de réciprocité

Le café brûle entre Brasilia et Washington. Les États-Unis ont annoncé, ce mercredi 15 juillet, l’imposition de droits de douane de 25% sur un certain nombre de produits brésiliens, à l’issue d’une enquête menée par le représentant américain au Commerce (USTR). Ces nouvelles surtaxes entreront en vigueur le 22 juillet. Le secrétaire d’État Marco Rubio a dénoncé le manque de "bonne foi" du président brésilien dans les négociations avec les États-Unis, dans un message publié sur son compte X ce jeudi 16 juillet. Washington accuse Brasilia de plusieurs pratiques commerciales jugées déloyales, notamment dans les domaines de la protection de la propriété intellectuelle, de la lutte contre la corruption, de la déforestation illégale ou encore de la régulation des plateformes numériques.

Certains produits seront toutefois exemptés, notamment ceux qui ne sont pas produits aux États-Unis ou dont la taxation pourrait affecter les chaînes d’approvisionnement américaines, comme certains produits énergétiques, des oranges ou des pièces détachées aéronautiques. Cette mesure cible principalement des exportations brésiliennes clés comme l’acier, l’aluminium, le café, le sucre et la viande bovine. Selon les données du représentant américain au Commerce, les États-Unis ont exporté plus de 54 milliards de dollars de marchandises vers le Brésil en 2025, tandis qu’ils en ont importé près de 40 milliards de dollars. Le déficit commercial américain avec le Brésil a été cité comme l’un des motifs de l’enquête.

Le gouvernement brésilien a immédiatement réagi, ce jeudi 16 juillet, en condamnant une mesure qu’il qualifie d’"illégale". Dans un communiqué publié sur son compte X, la présidence brésilienne affirme qu’"il n’y a aucune justification pour des mesures unilatérales contre notre pays". Luiz Inácio Lula da Silva assure que les accusations américaines sont infondées. Selon lui, le Brésil a démontré au cours des négociations avec Washington que les critiques concernant la plateforme de paiement Pix, la régulation du numérique et la déforestation ne reposaient sur aucun fondement. "Pix est un héritage de notre peuple et une référence internationale pour l’infrastructure numérique publique", affirme le gouvernement brésilien, qui défend également son bilan environnemental depuis 2023.

Le système de paiement instantané Pix, lancé en 2020, a connu un succès fulgurant au Brésil, avec plus de 150 millions d'utilisateurs. Il permet des transferts gratuits et immédiats, concurrençant directement les cartes de crédit et les services de paiement américains comme PayPal. Les autorités américaines ont exprimé des inquiétudes concernant la centralisation des données et l'absence de régulation antitrust, mais le Brésil rejette ces critiques, affirmant que Pix respecte toutes les normes internationales.

Brasilia annonce vouloir activer "immédiatement" les mécanismes prévus par une loi de réciprocité commerciale adoptée l’année dernière par le Parlement brésilien. Cette loi permet au gouvernement d'imposer des droits de douane équivalents sur les produits américains si les négociations échouent. Le pays prévoit également de porter le dossier devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le Brésil a déjà intenté plusieurs plaintes à l'OMC contre les États-Unis, notamment concernant les subventions agricoles et les barrières à l'importation d'éthanol brésilien.

Cette nouvelle crise commerciale intervient dans un contexte politique tendu au Brésil, à quelques mois de l’élection présidentielle prévue en octobre 2026. Lula accuse notamment Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, d’avoir contribué à la décision américaine. Le sénateur conservateur s’était rendu début juillet à Washington pour participer à une audition publique du représentant américain au Commerce (l’USTR) sur les relations commerciales entre les deux pays. Lors de son témoignage, Flávio Bolsonaro a critiqué la politique économique de Lula, affirmant que le Brésil favorisait les entreprises chinoises au détriment des américaines dans les appels d'offres publics.

Le président brésilien affirme que les démarches de la famille Bolsonaro auprès des États-Unis sont motivées par des intérêts électoraux. Dans son communiqué, le gouvernement dénonce "un complot construit avec la collaboration active de la famille Bolsonaro". Cette accusation reflète l'extrême polarisation politique du Brésil, où la famille Bolsonaro reste influente malgré la condamnation de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d'État. L'ancien président a été condamné à 20 ans de prison en 2025, mais ses fils occupent des postes clés au Congrès et dans l'opposition.

Donald Trump avait déjà ciblé le Brésil en imposant jusqu’à 50 % de droits de douane sur certains produits, en réaction à la condamnation de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d’État, une décision que le président américain avait qualifiée de politique. En 2024, Trump avait imposé des tarifs de 25% sur l'acier brésilien et de 10% sur l'aluminium, avant de les réduire partiellement après des négociations. La nouvelle mesure de juillet 2026 élargit considérablement la gamme de produits visés, ce qui pourrait avoir un impact significatif sur l'économie brésilienne. Le secteur agroalimentaire, qui représente près de 25% des exportations du Brésil, est particulièrement touché.

Les économistes s'inquiètent des conséquences de cette guerre commerciale sur l'inflation et la croissance. Le Brésil connaît une période de reprise économique fragile après la pandémie, avec un taux de croissance du PIB de 2,5% en 2025. Les droits de douane américains pourraient réduire les exportations brésiliennes de 5 à 10 milliards de dollars par an, selon des estimations du ministère de l'Économie. En réponse, le Brésil envisage de taxer les importations de technologie américaine, notamment les smartphones, les ordinateurs et les logiciels, ce qui pourrait augmenter les prix pour les consommateurs brésiliens.

L'Union européenne, qui suit de près l'évolution de la situation, a exprimé sa préoccupation face à la multiplication des mesures unilatérales. Le Brésil et l'UE sont en train de finaliser un accord de libre-échange, mais les tensions commerciales avec les États-Unis pourraient compliquer les négociations. Le gouvernement Lula cherche également à renforcer ses liens commerciaux avec la Chine, qui est devenue le premier partenaire commercial du Brésil en 2024. Les importations chinoises de soja, de minerai de fer et de pétrole brésilien ont augmenté de 15% en 2025.

Sur le plan juridique, le Brésil prépare une plainte formelle à l'OMC, arguant que les tarifs américains violent les règles de l'organisation en matière de non-discrimination et de transparence. Le processus de règlement des différends à l'OMC peut prendre plusieurs années, ce qui pousse le Brésil à adopter des mesures de rétorsion immédiates pour minimiser l'impact sur son économie. La loi de réciprocité brésilienne, approuvée par le Parlement en 2025, donne au gouvernement le pouvoir d'imposer des tarifs allant jusqu'à 100% sur les produits américains sans attendre l'issue des procédures internationales.

Le président Lula s'est exprimé lors d'une conférence de presse à Brasilia, déclarant que "les États-Unis ne peuvent pas traiter le Brésil comme un ennemi". Il a souligné la longue histoire de coopération entre les deux pays, notamment dans les domaines de la sécurité régionale et de la lutte contre le changement climatique. "Nous sommes prêts à négocier, mais pas sous la menace", a-t-il ajouté. Des discussions de dernier recours sont en cours, mais les observateurs estiment qu'il est peu probable que les tarifs soient suspendus avant leur entrée en vigueur le 22 juillet.

Les marchés financiers ont réagi négativement à l'annonce. La Bourse de São Paulo a chuté de 3,5% jeudi, tandis que le réal brésilien s'est déprécié de 2% face au dollar. Les entreprises exportatrices, comme Vale, Petrobras et JBS, ont vu leurs actions baisser. Le gouvernement brésilien a annoncé des mesures de soutien aux secteurs touchés, notamment des subventions temporaires et des lignes de crédit bonifiées. Cependant, ces mesures pourraient aggraver le déficit budgétaire, qui s'élève déjà à 6% du PIB.

La guerre commerciale entre le Brésil et les États-Unis a des implications géopolitiques plus larges. Elle pourrait renforcer les alliances entre le Brésil et d'autres pays émergents, comme l'Inde et l'Afrique du Sud, qui ont également été confrontés à des tarifs américains. Le Brésil préside actuellement le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) en 2026, ce qui lui donne une plateforme pour coordonner une réponse collective. Lors du sommet des BRICS prévu en août, la question des droits de douane américains sera au centre des discussions.

En conclusion, les relations entre le Brésil et les États-Unis sont entrées dans une phase de confrontation ouverte. Alors que les tarifs entreront en vigueur dans quelques jours, les deux camps se préparent à une escalade qui pourrait durer jusqu'à l'élection présidentielle brésilienne, voire au-delà. Le président Lula, fort de sa popularité retrouvée, mise sur la riposte pour mobiliser son électorat. De leur côté, les États-Unis, sous l'administration Trump, continuent de privilégier une approche unilatérale dans leurs relations commerciales. La suite dépendra de la capacité des deux parties à trouver un terrain d'entente avant que les dégâts économiques ne deviennent irréversibles.


Source:TV5MONDE - Informations News


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